La naissance d'un langage de l'abstraction en Grèce archaïque - Histoire et Sources des Mondes antiques Access content directly
Journal Articles Gaïa - Revue interdisciplinaire sur la Grèce archaïque Year : 2023

La naissance d'un langage de l'abstraction en Grèce archaïque

Abstract

This essay about archaic Greek language and texts from the Archaic age aims at showing how the abstract thinking and abstract notions themselves-particularly the concepts of being, non-being and infinite-emerged from current concrete uses of Greek language, known from the Homeric poems: the way book 1 of the Iliad designates time stages through substantive participles of εἶναι, τά τ᾽ἔόντα τά τ᾽ ἐσσόµενα πρό τ´ ἐόντα allowed Parmenides to invent the abstract notion of being by putting the substantive participle in a singular form (τὸ ὄν or ἐόν), and the notion of non-being by joining the negation µή to this phrase. The Homeric use of the adjective ἀπείρων applied to the sea and the sky as "without limit" for human perception had already allowed Anaximander, by substantivizing the neuter adjective, to invent the abstract notion of infinite. In both cases there is a continuity with the Homeric formulas, but the substantivation, and especially the transition to the singular in the case of the Eleatics implies a major conceptual break, the passage from a poetic language to a philosophical language.
Cette réflexion sur la langue et les textes grecs de l'époque archaïque vise à montrer comment la pensée abstraite, et les notions abstraites elles-mêmes-en particulier les concepts d'être, de non-être et d'infini-, se sont dégagées à partir d'usages courants, concrets de la langue grecque, connus depuis la poésie homérique : la désignation des étapes du temps au chant I de l'Iliade par des participes substantivés du verbe « être », τά τ᾽ἔόντα τά τ᾽ ἐσσόµενα πρό τ´ ἐόντα a permis à Parménide d'inventer la notion abstraite d'être en mettant le participe substantivé au singulier, τὸ ὄν ou ἐόν, et celle de non-être en lui adjoignant la négation µή. L'emploi homérique de l'adjectif ἀπείρων pour désigner la mer et le ciel comme « sans limites » pour la perception humaine avait déjà permis à Anaximandre, en substantivant l'adjectif au neutre, d'inventer la notion abstraite d'infini. Dans les deux cas, il y a continuité par rapport au formulaire homérique, mais la substantivation et surtout le passage au singulier dans le cas des Éléates implique une rupture conceptuelle capitale, le passage d'une langue poétique à une langue philosophique.
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Dates and versions

hal-04228206 , version 1 (04-10-2023)

Identifiers

  • HAL Id : hal-04228206 , version 1

Cite

Françoise Letoublon, Pascale Brillet-Dubois. La naissance d'un langage de l'abstraction en Grèce archaïque. Gaïa - Revue interdisciplinaire sur la Grèce archaïque, 2023, Poésie et philosophie en Grèce archaïque, 26, http://journals.openedition.org/gaia/. ⟨hal-04228206⟩
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